Entretien avec Alexandre Magny, directeur général du Gart
Agemob : Le GART occupe une position d’interface entre l’État, les collectivités et les acteurs opérationnels. Comment décririez-vous ce rôle de coordination à l’échelle nationale ?
Alexandre Magny : Le GART joue un rôle majeur dans l’écosystème des mobilités en France. En fédérant les AOM locales et régionales, le GART favorise le dialogue entre les différents types d’AOM, porte leur parole et défend leurs intérêts auprès de l’Etat et des institutions européennes. Fort de la diversité de ses adhérents et de leurs expertises, le GART assure également l’animation de son réseau en favorisant le partage de bonnes pratiques et les retours d’expériences afin d’éclairer au mieux la prise de décision des élus en matière de mobilité.
Le GART fait également valoir son expertise et contribue aux réflexions et travaux de recherches au niveau national en étant régulièrement force de proposition sur différents aspects des politiques de mobilités : financement, transition énergétique, mobilités partagées, billettique, grands projets, mobilités inclusives…
Quelles sont aujourd’hui les ambitions portées par le GART pour accompagner les autorités organisatrices de la mobilité, notamment à l’aune des grands projets multimodaux lancés dans les métropoles françaises ?
Le GART agit au quotidien auprès de l’Etat et des parlementaires notamment en défendant un modèle économique stabilisé et en plaidant pour un élargissement du panier de ressources dédiées aux AOM afin de leur permettre de développer les projets multimodaux et d’engager la transition écologique qui s’impose.
Quels sont, selon vous, les principaux défis communs auxquels font face aujourd’hui les autorités organisatrices de la mobilité, quels que soient leurs territoires ?
Les AOM sont confrontés de multiples injonctions contradictoires. Elles doivent dans le même temps faire plus, faire mieux, faire durable avec moins de moyens et des contraintes normatives parfois en contradiction avec les objectifs initiaux. Pour illustrer ce constat et dans un contexte de raréfaction des ressources des collectivités et de l’Etat, il est attendu des AOM qu’elles développent massivement les transports collectifs et les mobilités partagées en déployant un choc d’offre et d’investissement, qu’elles verdissent leur flotte de véhicules avec des surcouts pouvant aller de 1 à 3 tout en appliquant des normes plus pénalisantes que ce soit en délais, en procédures ou encore en surcouts.
Comment le GART accompagne-t-il la montée en compétence des collectivités face à la complexification des enjeux de mobilité (transition écologique, contraintes financières, attentes sociales) ?
Le GART s’emploie à faire remonter les constats et la réalité économique des AOM auprès de l’Etat et des décideurs que ce soit lors de la dernière conférence sur le financement des mobilités, au travers de nos communiqués de presse ou encore récemment en pointant les irritants normatifs, dernière production du GART.
Pouvez-vous citer un ou deux travaux ou initiatives récemment lancés par le GART qui vous paraissent particulièrement structurants pour les politiques de mobilité actuelles ou à venir ?
Le GART a publié plusieurs manifestes notamment sur les irritants normatifs, la transition énergétique, la mobilité des séniors ou encore les pistes de financements possibles pour les AOM.
L’Agemob aimerait beaucoup participer aux activités du Gart mais elle ne peut – pour le moment – pas y adhérer. Le GART a-t-il prévu de permettre à d’autres structures d’adhérer, et notamment aux syndicats mixtes qui ne sont pas AOM mais portent des services de mobilité partagée ?
C’est une question légitime, et elle traverse tout le secteur à mesure que les acteurs de la mobilité se diversifient. En l’état, nos statuts réservent l’adhésion aux autorités organisatrices : ce n’est pas un détail rédactionnel, c’est ce qui fonde la cohérence et la légitimité de la parole que nous portons auprès de l’État et des institutions européennes. Nous parlons au nom des AOM, et cette clarté fait notre force. Pour autant, nous associons d’autres associations régulièrement à nos travaux, notamment au travers du Comité des Parties prenantes.
Quelle place occupent les mobilités partagées dans les travaux et les positions portées par le GART ?
Le vélo en libre-service constitue une solution particulièrement adaptée pour les déplacements de courte et moyenne distance : jusqu’à 5 km pour les vélos mécaniques et jusqu’à 10 km pour les vélos à assistance électrique. Il s’inscrit pleinement comme un mode complémentaire aux transports collectifs, facilitant notamment les trajets de rabattement et les déplacements du dernier kilomètre.
L’autopartage représente une alternative crédible à l’autosolisme et un levier important de démotorisation. En territoires urbains comme péri-urbain ou ruraux, l’enjeu est de disposer d’une offre d’autopartage suffisamment développée et accessible, y compris pour les déplacements de loisirs et autres usages occasionnels, afin de réduire la dépendance à la voiture individuelle.
Le covoiturage du quotidien peut compléter ces dispositifs ainsi que les transports collectifs et particulièrement les cars express, notamment pour les trajets du quotidien d’au moins 25 km ou plus et ne présentant aucune alternative crédible ou efficiente économiquement.
Un enjeu central réside dans l’intégration tarifaire et servicielle des différents modes de déplacement. Le développement d’une offre multimodale attractive, reposant sur un pass unique, apparaît déterminant. À ce titre, le concept d’un « Pass Multimobilité » intégrant transports collectifs, vélo, covoiturage et autopartage constitue une piste structurante à approfondir.
Pour mieux appréhender ces sujets le GART a renforcé depuis quelques années ses partenariats avec l’ensemble des acteurs du vélo, du covoiturage et de l’autopartage, participe et coorganise les journées nationales sur ces thématiques, est partie prenante des réflexions conduites par l’Etat (plan national autopartage, plan vélos, fond-vert, CEE…) et a récemment conduit trois enquêtes nationales pour mieux diagnostiquer le déploiement de ces services au sein des AOM et dont les résultats ont été présentés au premier salon Mobco en juin dernier.
Comment les autorités organisatrices et collectivités appréhendent elles le développement de services comme l’autopartage, le covoiturage ou le vélo partagé, et leur intégration dans une offre globale ?
Avec la LOM et les dispositifs de soutient mise en place par l’Etat pour favoriser le développement des mobilités partagées, les AOM se sont massivement saisies de ces nouvelles pratiques en atteste le nombre de service de vélos partagés déployés dans les villes de toutes tailles, le développement des infrastructures cyclables ou encore les premières plateformes ou services de lignes de covoiturage et d’autopartage. Toutefois ces services peuvent être dépendant des financements dédiés de l’Etat et il y a un risque non négligeable de réduction ou de coup d’arrêt des dynamiques au regard des récentes coupes budgétaires.
Le GART s’est doté d’un conseil scientifique, notamment pour suivre les enjeux de mobilité durable. Quel est son rôle, et en quoi contribue-t-il à éclairer les positions et les travaux du groupement ?
Le Conseil scientifique contribue à la réflexion de l’association sur l’évolution des grands enjeux de la mobilité durable. Depuis sa création en 2011, le Conseil scientifique a pour objet d’apporter un éclairage original au Conseil d’administration. Ses membres se composent d’élus, de chercheurs et d’anciens élus ayant contribué à l’émergence d’une véritable culture de la mobilité durable en France ainsi qu’en Europe.
Parmi ses contributions, on peut noter celles sur le modèle de financement des AOM, les enjeux autour des la transition énergétique et notamment promouvoir le mix énergétique et plus récemment sur les mobilités employeurs.
Le nouveau Conseil d’administration mis en place le 29 septembre 2026 sera sans doute amené à faire évoluer la composition et le rôle de ce conseil scientifique.
Pour conclure, quels grands chantiers le GART souhaite-t-il prioriser dans les prochaines années, et quel message souhaitez-vous adresser à l’ensemble de l’écosystème des mobilités ?
Parmi quelques chantiers, on peut citer l’amélioration de la performance économique des services de mobilités notamment en coordonnant les services avec la mutation des espaces publics (donner plus d’espace et de facilité de circulation et de stationnement aux mobilités collectives, durables et partagées), accompagner le basculement de l’autosolisme vers ces solutions de mobilités, renforcer la coopération et la gouvernance des mobilités entre les différents acteurs, locaux, régionaux, national ainsi que les employeurs (comité des partenaires), tendre vers des outils numériques facilitant la multimodalité et simplifier le parcours des usagers…